En 1992, Miguel Parra Urrutia écrivait au sujet de son travail qu'il représentait la « présence humaine symbolique et générique d'un homme qui est toujours le même » cette description pourrait servir sa démarche jusqu'à aujourd'hui. Son oeuvre s'inscrit, en effet, dans une attention permanente a la figure humaine, malgré les différentes solutions plastiques adoptées ces dernières annèes.
Aux personnages ou objets symboliques d'espoir, angoisse, solitude...peints, avec une facture expressionniste épaisse de 1992, ont succédé des images de corps fragmentés, « entre maniérisme et baroque » incarnant les souffrances physiques et morales d'une société politiquement muselée. La peinture, proche de la fresque, s'inscrit, alors, dans un type de représentation politique de « l'insoumission »mêlée à une tradition de la peinture religieuse hantée par la relation douloureuse de la chair et du sacrée. Représentation d'une culture typiquement sud-américaine ?
En 1996, Miguel Parra Urrutia quitte le Chili pour la France. Que devient un travail de ce type lorsque l'artiste est placé dans un autre contexte politique et religieux ? La scéne artistique française est, actuellement, dominée par la photographie. Cet engouement n'est pas fortuit ; ce moyen d'expression traduit le désir actuel des artistes de sortir d'un certain formalisme de « l'art pour l'art » pour prendre davantage en compte le contexte économique, social et politique dans lequel ils travaillent. Cette attitude diffère de l'intérêt pour le « social » déjà au centre de plusieurs démarches artistiques pendant les années soixante-dix, au caractère plus directement politique et militant.
Elle pourrait, cependant, être caractérisée, de manière plus générale, par le désir des artistes de s'ouvrir à l'autre ( du particulier à la société humaine dans son ensemble)considéré comme sujet ou interlocuteur. Miguel Parra Urrutia a perçu des résonances entre ces démarches et les préoccupations qui habitent son propre travail.
Aux hommes anonymes des peintures, aux corps génériques, ont succédé les photographies de personnes singulières : Le portrait mortuaire de sa mère ( Notre dame des faubourgs ), les travailleurs non enseignants de l'université ( Huit heures ) Cependant, au-delà du caractère contingent de la photographie, Miguel Parra Urrutia confère à chaque portrait une dimension épique et universelle. Des procédés techniques, tels que l'agrandissement photographique, le transfert (sur toile) ou la retouche au moyen de craies ou de peinture a l'huile, lui permettent de gommer toute anecdote et de relier ces photographies à une tradition picturale.
Le portrait de la mère de Miguel Parra Urrutia, reporté en couleur sur une nappe brodée ou reproduit sur autant des serviettes qu'elle a eu des enfants, dans des valeurs progressives de gris et retouché à la craie grasse, est une sorte d'hommage : figure de la maternité, mère-courage de la résistance politique, femme en correspondance totale avec la nature...Le résultat ( visage lissé, couleurs poussées, inscription dans une auréole) évoque les chromos religieux. Les travailleurs manuels de l'Université,dont le portrait est transposé en grandes dimensions (jusqu'à 1,90 m de haut) acquièrent de la monumentalité. Leurs gestes sont comme « statufiés » par la retouche. Neamoins, l'origine du document photographique, toujours visible, garantit la permanence du particulier dans l'universel.
Miguel Parra Urrutia, artiste plasticien, est née en 1969 à concepcion, Chili. En 1996, il soutien un diplôme d'arts plastiques mention peinture, avec une thèse intitulée « Casa Pecado » Installation de sept portes placées sur une plage du litorale pacifique Chilien. Au milieu des années 80, il commence à développer des actions d'intervention urbaine dans lesquelles la plastique est mise au service de la lutte politique contre la dictature militaire qui frappe son pays.
Il a participé à plusieurs expositions collectives et individuelles tant dans son pays qu'en France. En 1998, il reçoit le prix a la création artistique décerné par le CROUS national, grâce auquel il a pu réaliser l'installation « huit heures ».
Colette Hyvrard Historienne de l'art 2000