Miguel Parra Urrutia
Miguel Parra Urrutia 



A goodbye in the garden of Eden

 

Je ne puis comprendre qu'en termes humains.

Ce qui touche , ce qui me résiste, voilà ce que je comprends. Et ce deux certitudes, mon appétit d'absolu et d'unité et l'irréductibilité de ce monde a un principe rationnel et raisonnable, je sais encore que je ne puis les concilier. Quelle autre vérité puis -je reconnaître sans mentir, sans faire intervenir un espoir que je n'ai pas et qui ne signifie rien dans les limites de ma condition ?

Albert Camus

Le mythe de Sisyphe

 

 

Le mois de septembre dernier, au milieu de la plus importante manifestation d'art contemporain ( Dokumenta 13) l'artiste plasticienne Elisa Rivera, m'a suggérée, l'idée de travailler sur un mythe issue de ma propre vie. Depuis toujours j'ai conçu des productions ( vidéos, installations, peintures) sur des sujets, qui concernaient l'ensemble de la société et ses problématiques. Mais, malgré certains essais assez occasionnels, rarement je me suis mis en scène. Dans ces 20 derniers années, il y a seulement deux vidéos ou je fais office de acteur : « corps continental » et « Corazon de cristal »

A cause de la pudeur, je ne arrivai pas à concevoir une vidéo dans laquel je me remettrais en scène. Il était question de retravailler avec un sujet complexe qui pouvait être considèré, en dehors de tout appréciation pseudo-philosophique, une relecture de ma forme de voir l'a existence. Il était questions de creuser dans mes peurs, mes frustrations, les rêves, les hallucinations, mon onirisme atavique, et les images que je puisse faire jaillir de mes souvenirs de l'enfance.

Quand il y n'y a pas plus d'histoire à représenter, plus de mythologies collectives à citer, grande est la tentation de travailler sur la micro légende et l'intimité de la biographie.

En étant dépourvu de tout considération auto complaisante de ce qu'a été ma vie, je me suis résolu à trouver dans mes propres archives, dans mes cahiers, un sujet, un thème, à représenter. Vite fait, je me suis retrouvée avec beaucoup d'anecdotes, d'événements, que pouvaient devenir un petit film. Mais il n'en demeure pas moins que je continue à persister dans l'idée de ne pas dévoiler des choses trop intimes. Trop dans le passe. La notion d'intimité s'avère alors rebelle a toute représentation à toute conceptualisation, toujours très fragile, très volubile et précaire.

 

Comment sortir de l’impasse sans me trahir ?...alors, j'ai décidé de laisser pour un temps murir les idées.

 

La chance que j'ai eue c'est d'avoir échappée à tout narration. Alors les images ont naturellement

émergé depuis «  la nuit du temps ».

Quand j'étais un enfant, j'avais des « hallucinations » fréquentes sur la fin du monde. Je pouvais passer très longtemps dans mes rêveries. J'imaginais une espèce d' apogée où, nous tous, aurions la possibilité de voir le monde, la planète se vider de ses habitants, une déconstruction de la société... Sans doute toutes mes fantaisies étaient nourries par ma pratique, par ma religiosité catholique. La séduction que pouvait s'exercer sur moi, la promesse d'un futur « ailleurs » dans une autre terre, dans un autre planète, dans un paradis perdu, (toutes visions de l'apocalypses chrétien) convergeaient, avec les films d'anticipation, films de science fiction et de catastrophe, qui à l'époque étaient diffusés au moins un fois par semaine sur l'unique chaine que pouvait capter la télévision dans la maison de mes parents. (Au Chili à l'époque il n'avait que deux chaines, les deux contrôlées par le service de censure de la dictature)

J'était obnubilé par ces films, assez machiavéliques , représentant la fin, des fins... c'était des films produits durant la guerre froide. Au Chili il avait une autre forme de propagande, sans doute, utilisée pour maintenir les gens dans la peur d'un lendemain sans un père protecteur, sans la figure tutélaire du dictateur. Mais ces films étaient très beaux, et dans la tête d'un enfant un peu « lunaire » ils ne pouvaient plus que venir agrandir son imagination.

 

Je me souviens encore de « Fugue dans le siècle 23 » de « La Planète des singes » . Je me souviens de « Invasion extraterrestre » et surtout du « le dernier homme »...des films qu'étaient déjà vieux, dans les années quatre vingts.

 

Cette vidéo a été montée en partie avec des rushes qui n'ont pas été utilisées dans les bandes vidéos de « louis Eden voyageur », et qui ont été filmés dans plusieurs lieux : Frankfurt, Lisbonne, l'ile grande Chiloe; un port de pêéche proche de Concepcion et la région des volcans au Chili.

Pour les scènes où je suis « le dernier homme sur terre », j'ai filmée dans la zone industrielle proche au 19e arrondissement de Paris.

 

Avec cette video, je veux rendre hommage à l'enfant que j'étais. Mais en même temps, essayer de reconstruire une partie de ma mémoire visuel... il n'est jamais tard, pour retrouver l’innocence de celui qui de tout façon, traversera la route... le jour où tout s'arrêtera... même si dans mon pays, mon pays natal, mon pays imaginaire, n'aura pas d’hécatombe.

 

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© Miguel Parra Urrutia