Miguel Parra Urrutia
Miguel Parra Urrutia 



L'hotel de France

 

 

 

L’enseigne lumineuse avait finit par s’éteindre un jour, peu importe le quel.

 

A une autre époque, l’hôtel de France avait servie de refuge à une clientèle exsangue, pour la plus part composée de prostituées, de malfrats, d’immigrants clandestins et quelques petits touristes mal fortunés. Avec le temps ils étaient devenus plus que des simples pensionnaires.

 

La vie poursuivait son cours au milieu de rumeurs des portes entrouvertes et l’odeur persistant du vieux réchaud de la concierge, qui d’ailleurs était la seule femme avec la quelle Marthe gardait un dialogue stricte, qui les convenait a toutes les deux. Tous les mois, mécaniquement, Marthe déposait l’enveloppe dans la main de la concierge, les mil deux cents cinquante francs du loyer.

 

  • Voici le loyer, mil deux cents cinquante francs  !

  • Madame Marthe toujours ponctuelle !

  • Vous-avez mon reçu ?

  • Il est dans votre boite à lettres !

 

 

Marthe louait la chambre située à l’extrémité du couloir droite, au troisième étage, chambre numéro trente neuf. Les pensionnaires appelaient cette chambre : « la chambre de Versailles », évidemment l’occupante était apostrophée par un adjectif qui correspondait avec des si glorieux, de si fastes appartements. Marthe était connu sous le nom de la Duchesse, la Pompadour, la Marquise, l’Impératrice, la reine ou tout simplement Antoinette… adjectifs et sobriquets qui côtoient et touchent parfois la cruauté car font référence a la condition dépendante de Marthe.

La haine voluptueuse qui se propage avec chacun des insultes, n’arrivait jamais a rompre la léthargie dans laquelle paraissait vivre. Et alors quand soudainement on la voyait traverser le couloir qui menait a la salle de bain commune, les femmes fermaient leurs portes essayant d’éviter la honte de leur propre mal être.

Marthe pouvait apparaître au milieu de l’obscurité et du silence, imperturbable, comme si elle percevait la joie de l’absence, l’emportement total de l’âme.

Avec la connivence dans la rénovation du quartier, les expulsion et expropriations sont commencés. La propriétaire de l’édifice, sachant que rien ou peu restait a endurer, décida de vendre le terrain a la mairie. De l’immeuble on ne pouvait espérer mieux qu’il soit détruit par une armada de bulldozers et de pelleteuses ; leur travail était simple car les termites avaient englouti toute la sève, toute la matière vivante qui constituait l’hôtel de France.

Les premiers partis furent les vieux maghrébins de la chambre 101, après c’est fut le tour des putes slaves, après c’est Jean-Baptiste que partit ; le marabout qui jeta son matelas, farci de papiers et des découpes de journaux, par la fenêtre du quatrième étage.

Une fois l’endroit vidé et désaffecté, l’inspecteur de l’hygiène posa un écrit sur la porte et sella par la force de la loi les portes de l’édifice. L’écrit déclarait l’imminente démolition et donnait les numéros correspondantes au permis de démolir et du sous traitant démolisseur. L’acte du compte a rebours du rasage complet commença.

A l’aube du jour suivant, Marthe apparut a la fenêtre du troisième étage pour la première fois, quelques minutes seulement avant que la brigade d’ouvriers ne commence a marteler les fondations de l’immeuble.

 

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© Miguel Parra Urrutia